mardi 12 juillet 2016

Adélaïde Fassinou Allagbada, un modèle de la littérature féminine

A cœur ouvert avec un écrivain béninois

Adélaïde Fassinou Allagbada, un modèle de la littérature féminine

Adélaïde Fassinou Edith Bignon épouse Allagbada est l’une des rares femmes béninoises à se frayer un chemin en littérature. D’une plume fine et aiguisée, elle s’inspire des réalités sociales de son pays et de l’Afrique pour accoucher  ses œuvres. Elle compte plusieurs œuvres à son actif et dirige actuellement l’association « Plûmes Amazones ». Adélaïde Fassinou  Allagba parle de sa  passion pour le livre et de ses œuvres.
   
Dans quelle catégorie peut-on classer vos œuvres ?
C’est un mélange. J’ai publié des romans en particulier des nouvelles, de la poésie, des recueils de poèmes, des livres pour enfants… Je suis dans le réalisme pur et dur. Mes ouvrages campent leur décor dans le réel, dans le vécu quotidien des béninois, dans nos réalités africaines. Il y a tellement de choses à dire par rapport à tout ce qui se passe chez nous,  sur le plan social, politique, économique et culturel. Mon inspiration part toujours de là. Je fais un peu de tout, mais je n’ai jamais écrit une œuvre théâtrale. Dans tout ce que j’écris, mon métier d’enseignante transparaît. J’écris toujours des œuvres éducatives. Je ne donne pas de leçons, mais j’éduque la jeunesse. Mes personnages de prédilection sont la femme et l’enfant, notamment la jeune fille. J’essaie de leur montrer que le chemin pour devenir femme n’est pas facile, elles doivent s’accrocher. Le gain facile n’est pas une bonne chose. Il faut qu’elles étudient afin  d’apporter leur grain de sel  au développement des foyers, de la société  et  du pays.

L’aventure a commencé en quelle année?
Mes débuts remontent en 1980 ; j’étais à l’université. Mais c’est seulement en l’an 2000 que j’ai pu publier mon premier livre. C’est vraiment une  aventure, par ce que, quand je me suis lancée dedans, il y avait plein de nids de poule. Je ne savais pas que j’allais pouvoir y rester. On a tout fait pour me décourager, on m’a fait comprendre que je ne fais pas de la littérature, mais j’ai résisté. L’aventure continue avec des hauts et des bas.
 
Ceux qui vous critiquent étaient-ils des hommes  politiques ou des  pairs ? 
Tout le monde,  mais beaucoup plus du monde des critiques littéraires. C’est de bonne guerre et ça m’a beaucoup aidé à améliorer ma plume. Comme l’a dit un confrère « il faut accoucher vous aussi une seule fois et vous allez savoir comment l’accouchement est si difficile ».  Deux années ne suffissent pas pour finaliser un ouvrage et le mettre sur le marché. On n’en tire pas des espèces sonnantes et trébuchantes comme beaucoup le pensent. Mais vous avez la gloire, tout le monde vous connaît. L’écriture est comme le vin, plus il est vieux, plus il est meilleur. C’est pour vous dire que ça n’a pas été du tout facile. Le paradoxe de la littérature, c’est que pendant que certains vous disent que ce que vous faites est mauvais, d’autres vous confirment que vous faites un bon travail. C’est là que je trouve mon réconfort.


Malgré vos occupations professionnelles, vous trouvez du temps pour écrire. Comment est-ce que vous parvenez à concilier les deux ?  
C’est une passion. Quand vous aimez le football, quand vous aimez le théâtre, même votre métier de journalisme, vous  le faites bien. Je suis enseignante et j’ai une accointance vis-à-vis du livre, j’aime les livres, leurs odeurs, j’aime les sentir dans ma main. Je suis tout le temps en compagnie des livres. C’est ça qui m’a donné l’envie. En  lisant les histoires que racontent les autres auteurs, un jour je me suis dit qu’il fallait oser. Il faut qu’à travers ma plume, je partage avec les autres, mes expériences. J’avoue que j’ai du plaisir et du réconfort à le faire. Cela me permet de calmer les douleurs que je sens personnellement par rapport à certaines épreuves de la vie. En lisant  mes œuvres, mes lecteurs peuvent trouver le bonheur vis-à-vis des problèmes existentiels. Je vais continuer à écrire jusqu’au soir de ma vie comme l’auteur de SAS, Gérard de Villiers. Que Dieu nous prête vie, pour que je puisse faire comme lui. J’essaie dans la plupart de mes œuvres d’apporter mon grain de sel à l’éducation de la gent féminine.

Plus de 10 ans après, combien d’œuvres  on peut compter dans votre gibecière?
J’ai publié une dizaine 10 œuvres personnellement et j’ai participé à deux œuvres collectives. Les deux premiers ouvrages qui m’ont fait connaître sur le marché sont :« Modukpè le rêve brisé » publié aux Editions l’Harmattan à Paris et puis « Yémi ou le miracle de l’amour » publié aux Editions du Flamboyant. Ces deux ouvrages parlent des « vidomègon ». Je peux encore citer « Enfant d’autrui, fille de personne », « Toute une vie ne suffirait pas pour en parler», « L’hôte indésirable », « Jeté en pâture », « L’oiseau messager », « La sainte ni touche »….
 
Quelle lecture faites-vous de la littérature béninoise ? A-t-elle évolué dans le temps ?
Je crois que le livre béninois se porte bien. Les dix dernières années, il y a eu un boom quantitatif de la littérature béninoise. C’est pour vous dire qu’aussi bien les hommes politiques, les chercheurs, les écrivains  que les hommes du commun, tout le monde pense qu’il est important aujourd’hui de laisser des traces, de contribuer à la littérature universelle, de contribuer à l’épanouissement du livre béninois.  Il est aussi important que le ministère de la culture pense aux hommes d’œuvres de l’esprit. L’homme ne vit pas que du pain. Il faut  que l’esprit du béninois soit vraiment en contact avec les livres. Que cet esprit se nourrisse de belles lettres, qu’il soit trempé dans nos réalités. Que les béninois après avoir lu nos livres, se posent des questions et qu’ils trouvent les solutions eux-mêmes.

Quelles sont les difficultés que l’écrivain béninois rencontre ?
Les difficultés, il y en a beaucoup. Le plus important, c’est l’édition. C’est un véritable chemin de croix de publier un livre dans ce pays. Moi je privilégiais les éditions internationales, mais vu le coût, les ouvrages ne sont pas à la bourse des béninois. J’ai donc décidé de me replier sur les éditions locales avec tous les problèmes qu’elles ont. Mais avec un peu plus d’efforts, elles peuvent réaliser de bonnes œuvres. Une bonne édition qui reviendra moins chère aux béninois, c’est ce que nous souhaitons. Le milliard culturel est là, mais combien d’écrivains en jouissent ? C’est un véritable problème. 

Que faut-il faire pour corriger la situation ?  
Au Sénégal, en Côte d’Ivoire, le papier qui sert à imprimer le livre est subventionné. Cela fait que les imprimeurs sont contents de vous aider à publier un ouvrage. Mais ici, tel n’est pas le cas. On est jeté en pâture, si bien qu’il faut être fou pour s’engager sur ce chemin. Quand on aime quelque chose, c’est comme on aime une personne. Malgré tous ses défauts, vous restez avec elle. Je suis enseignante comme des milliers d’enseignants dans le pays, mais les écrivains ne sont pas nombreux. C’est ça qui me distingue,  aussi bien sur le plan national qu’international.  Je suis obligée de m’accrocher, pas pour la gloire, mais pour le modèle que je représente pour la jeunesse de mon pays, notamment la jeunesse féminine qui croît en ce que je fais et qui m’encourage à aller de l’avant.
Quels sont les conseils que vous avez à prodiguer à cette jeunesse, surtout à ceux qui veulent faire comme vous ?  
Je vais dire aux jeunes en général, qu’ils soient garçons ou filles, de s’accrocher, parce que c’est un chemin de croix de s’engager dans l’écriture. Je leur demande  de ne pas avoir peur, d’oser écrire et de les soumettre  à des amis ou à des supérieurs pour la correction, même à des parents qui ont un niveau plus qu’eux. C’est ce que moi je fais avant de pouvoir oser envoyer mon livre à un éditeur. Un auteur a dit que, « c’est la somme des lectures d’un individu qui fait de lui, un bon ou un mauvais auteur ». Qu’on soit fonctionnaire, artisan, qu’on soit moins nanti ou non, on peut écrire. L’œuvre de Amos Tutuola est  étudiée aujourd’hui dans les grandes universités américaines. Je ne sais pas s’il a pu terminer le cours primaire, mais ses œuvres sont d’une très bonne qualité. Ne pas avoir fait de longues études, ne pas avoir lu les grandes encyclopédies du monde ne saurait être un handicap pour écrire. Mariama Bâ n’était qu’une simple institutrice, mais elle a écrit de grandes œuvres telles qu’ « Une si longue lettre », qui m’a donné l’envie d’écrire et partager avec les autres mon histoire, une partie de ma vie, la vie de plusieurs personnes. La littérature est effectivement universelle. Elle relie les humains de tous les horizons, elle anoblit les cœurs, donne de la joie, de l’amour.
Pour conclure…..
 Je vous remercie pour ce que vous faites à l’endroit des personnes comme nous qui n’avons aucune enseigne, parce que les politiques ont tout envahi. Lorsque vous n’êtes pas un homme politique, personne ne vous accorde de l’’importance, on ne vous entend pas, vous prêchez  dans le désert. Personne ne vient vers nous, parce qu’on nous prend pour des crèves la faim de la République. Or, un pays qui ne se repose pas pour réfléchir sur l’âme pensante de son peuple, à savoir les penseurs, les philosophes, les écrivains, les créateurs d’œuvres de l’esprit…,   est voué à l’échec. La France doit son nom à ses artistes, à ses écrivains etc. Jusqu’à ce jour, la République leur donne de la valeur.


Entretien réalisé   par Louis TOSSAVI

Adélaïde Fassinou Allagbada


2 commentaires:

  1. C'est tout simplement génial de parvenir où personne ne vous croit capable d'être.félicitation à vous. Vous êtes notre modèle

    RépondreSupprimer
  2. Je suis content d'avoir lu ce roman

    RépondreSupprimer